18.06.2007

missions en brousse !

Chère famille, chers amis,


Nous voilà tous les deux rentrés d’un séjour de 10 jours en forêt dans le sud-est Cameroun, à la frontière avec le Congo.
Nous avons fait ce séjour chacun de notre côté, à une semaine d’intervalle, au même endroit. Pas de chance ! Nous avions prévu d’y aller ensemble, pour deux missions différentes certes, mais les changements de programme en ont décidé autrement… L’imprévu ici est hautement prévisible !
Je (Arnaud) suis donc parti 10 jours à Kika (zone frontalière Cameroun-Congo-Centrafrique) pour faire une étude d’impact. Une forêt sera bientôt exploitée et ce genre d’études préalables est une obligation. Les villageois qui utilisent la forêt, les chefs traditionnels, les ONG qui luttent contre le braconnage… doivent être entendus, puis des mesures doivent être déterminées pour atténuer les effets négatifs liés à l’exploitation forestière.
Se rendre dans le coin prend déjà 2 jours de 4X4, sur des pistes non entretenues. Sensibles du dos s’abstenir. Avec mon équipe (2 autres personnes) nous avons donc fait 13 réunions villageoises, pour avoir l’avis de la population sur l’exploitation de la forêt. Dans cette partie du pays, la moitié de la population est composée des Pygmées Baka, qui pratiquent la cueillette et la chasse en forêt. Ils sont petits de taille – c’est pourquoi je me suis senti mesurer 2 mètres parmi eux. (cf la photo !)
Comme la zone est très enclavée, il fallait faire tous les jours 4 heures de voiture pour joindre les différents villages. C’était sportif !
Au final, ce fut la découverte d’une partie du pays très démunie. Les millions de francs de redevances forestières versés par les compagnies sont détournés par les élus locaux, au vu et au su de tout le monde. Le désespoir et le sentiment d’impuissance sont très forts. Les infrastructures (sanitaires, sociales, scolaires) qui devraient être construites par ces fonds sont inexistantes, si bien que les gens meurent sur place à la moindre maladie – les centres de santé fonctionnels étant trop loin et les moyens de transport sont inexistants. Sombre tableau.
C’est une zone encore préservée, avec un parc national à côté, et des éléphants et des gorilles en abondance. Heureusement, on n’en a croisé aucun.

Pendant qu’Arnaud faisait son enquête, Caroline et Elodie se promenaient.
Petit Week End entre sœurs à Limbé, au bord de la mer, dans la partie anglophone du Cameroun. Bien agréable d’avoir 3 jours pour se reposer, et profiter des beaux paysages et des vagues !
Puis, j’ai (cette fois c’est Caroline qui a pris la main) embauché ma sœur comme enquêteur, pour aller avec moi faire un état des lieux sur la situation du sida dans une entreprise forestière : qu’est-ce que les gens connaissent et comprennent du sida, y a-t-il déjà beaucoup de malades ? Nous avons voyagé comme des princesses, dans un petit avion 8 places, et avons atterri dans la brousse. C’est très étonnant le monde des entreprises forestières : au milieu de la brousse, là où la population vit sans eau et sans électricité, ils construisent un havre ultra protégé et confortable, avec eau chaude à volonté, machine à laver, cuisinier spécialisé dans la délicieuse cuisine française… Mais si on marche 10 minutes, la réalité du village est autrement déconcertante… Je continue donc à vivre dans différents mondes en parallèle… Puisque dans le mois qui vient de s’écouler, j’ai dû passer environ 5 jours à la maison, et les autres sur les routes du Cameroun.
Après le départ d’Elodie, j’ai fait quelques allers-retours dans 2 autres entreprises, pour arriver là où Arnaud était quelques jours plus tôt. 1000 km de piste en cette saison des pluies, cela donne un certain goût d’aventure au voyage…
J’aime beaucoup le fait qu’un sujet comme la santé / le sida permet de rencontrer tous les niveaux de l’entreprise, et même les femmes du village (regardez les photos des réunions que nous avons organisées avec mon équipe pour sensibiliser, on a même fait une réunion pour les femmes, à l’école maternelle du village)
En même temps, on se sent bien démunis devant l’immensité de la tâche. Les gens ont tellement de peurs, de croyances, d’ignorances face à la maladie… Quasiment tous croient que les moustiques transmettent le sida, que quand on est sous traitement, on n’est plus contagieux… Et puis, comment conseiller à une femme séropositive de ne pas allaiter son bébé quand elle n’a pas d’argent pour lui acheter du lait artificiel ? Quand elle ne sait pas stériliser un biberon, ou que la qualité de l’eau est très à désirer ?
Je suis bien contente d’avoir relativement peu de voyages prévus jusqu’à notre départ en France prévu le 17 juillet depuis Douala, ça va être l’occasion de voir un peu les amis de Yaoundé, et de me poser ! A moins que mon programme ne change encore 10 fois ! Rien n’est moins sûr !!!!

Parenthèse militante de Caroline :
Avez-vous signé la déclaration de solidarité ? « Refusez la misère, un chemin vers la paix » Si non, vous pouvez le faire à : http://www.oct17.org/site/Declaration-de-solidarite.html.
De quoi s’agit-il ? En mai 2006, soit il y a un an, des défenseurs des droits de l’homme, venus de quatre continents et de tous milieux, se sont réunis pour évaluer la Journée mondiale du refus de la misère, en vue d’amplifier l’impact de cette journée. La plupart de ceux qui me connaissent savent que cette journée est le 17 octobre ! Mais comment faire pour qu’elle permette de lancer un vrai courant du refus de la misère ? Comment chacun voulons-nous dire notre refus devant tant d’injustice ? Comment exprimons-nous notre désir de reconnaître la dignité de tout homme ? Signer cette déclaration et la faire connaître c’est ma réponse !! A bon entendeur !!!!


Nous serons donc en France du 18 juillet au 14 août. Et à Paris du 23 au 27 juillet… Alors maintenant, à nous d’organiser tous les rendez-vous et les fêtes !!! Nous rentrons peu de temps, mais espérons bien vous voir !

Voilà les nouvelles que nous souhaitions vous partager aujourd’hui. En espérant que vous allez bien, nous vous disons à très bientôt en France !!
Avec toute notre affection !

Arnaud et Caroline

PS : la numérotation téléphonique a changé au Cameroun, il faut désormais ajouter un chiffre. Pour nous joindre
Arnaud 00 237 96 71 09 02
Caroline 00 237 96 26 13 84

Il y a aussi skype pour appeler Caroline, pseudo caro_diane

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