04.05.2007
Nouvelles début mai !
Bonjour Bonjour !
Pour nous c’est la pleine saison des pluies, avec son lot de boue, sa fraîcheur, ses coupures de courant quand l’orage est trop fort… Et oui, on a failli louper la soirée électorale du premier tour de la présidentielle, pour cause de coupure de courant généralisée ! Heureusement, des amis ont un groupe électrogène, et nous avons débarqué à 7 chez eux, pour suivre en direct les résultats !
Voilà un petit moment qu’on ne vous avait pas tenu informés de notre actualité camerounaise. Alors première nouvelle : fini de tergiverser, nous restons au Cameroun jusque décembre 2007. Bien sûr un petit mois en France est prévu entre mi-juillet et mi-août, pendant lequel on compte bien vous voir ! On vous tiendra informés de notre programme, dés qu’il sera un peu plus clair. Pour le moment, sachez donc que notre décision est prise de prolonger un peu notre temps ici. Arnaud va cependant arrêter d’être prof. Il repasse du côté du conseil. Et ça tombe bien, vu que le patron de Caroline cherche justement un sociologue. Elle a tellement bien vendu son tendre époux qu’il est obligé de refuser certaines offres de son patron qui est prêt à le prendre tout de suite ! Mais une mission est prévue bientôt, qu’il va accepter. Cela tombe drôlement bien : Caroline est envoyée au cœur de l’Afrique Centrale, à la frontière du Congo Brazzaville, au bord du fleuve Ngoko (regardez sur les photos la vue d’avion de la région) pour préparer la lutte contre le sida dans une entreprise forestière installée là-bas, et justement en même temps, une étude d’impact environnementale et sociale demande un sociologue pour une mission non loin de là. Et de plus, Elodie, la sœur de Caroline sera à ce moment-là en visite au Cameroun, alors Caroline l’embauche comme stagiaire, et elle va également découvrir la vraie brousse : c’est parti pour quelques heures (on met 2 jours pour arriver à la frontière du Congo) de piste, pour arriver dans une zone où internet est un mot barbare, où le téléphone n’existe pas, où l’électricité est une magie réservée à quelques cadres qui bénéficient du groupe électrogène de l’entreprise… Mais ça, on vous le racontera à notre retour. Départ prévu mi-mai, retour fin mai. Pour le moment, Caroline y a déjà fait une visite éclair, avec l’avion privé de l’entreprise mi-mars, d’où les photos que vous pouvez admirer, qui montrent la frontière Cameroun-Congo vue du ciel, plus des images de la scierie, des grumes, de la forêt.
En attendant, d’autres aventures encore plus spectaculaires Caroline a été officiellement nommée coordonnatrice du programme de lutte contre le sida dans les entreprises forestières, et elle travaille énormément. Je découvre la réalité du sida au Cameroun : les croyances populaires solidement enracinées qui disent que le sida n’existe pas, que c’est une maladie des ancêtres, qu’on peut soigner grâce aux remèdes traditionnels, quand ce n’est pas un mauvais sort jeté par un membre de la famille jaloux. Les réalités de la vie en brousse font qu’il est extrêmement difficile de garantir la confidentialité, le secret médical… Un ouvrier séropositif extrêmement courageux a accepté de me rencontrer en me donnant un rendez-vous secret chez son patron le soir, après le travail… Et surtout je prends conscience de l’importance de la maladie : j’ai rencontré un par un les 20 ouvriers d’une des entreprises que nous formions pour être des pairs éducateurs (c'est-à-dire des gens qui peuvent auprès de leurs collègues expliquer comment être pris en charge médicalement, comment éviter le virus…) environ la moitié m’a dit qu’ils avaient déjà perdu un membre de leur famille à cause du sida, ou bien qu’ils accompagnaient quelqu’un qui est séropositif… Les taux de séroprévalence sont très élevés. Et c’est sans doute ce qui a décidé les responsables des entreprises à intervenir, parce qu’ils perdent des hommes formés, indispensables à la bonne marche de leur entreprise. C’est un autre volet de mon combat : en plus de la prévention, la sensibilisation, l’information pour que les gens comprennent, osent parler, et pour briser la honte et les tabous, je me bats pour que les chefs d’entreprise se mouillent. Et ce n’est pas une mince affaire : « Madame, on est une entreprise, nos impératifs, c’est la productivité » « Non Madame, je refuse de payer un jus de fruit aux employés à la fin de la formation, si vous voulez vous leur donnez de l’eau. » Vous voyez, c’est varié ! Mais il ne faut pas non plus trop noircir le tableau, même au niveau de la direction générale, je rencontre des gens chouettes. Je découvre aussi une réalité de la vie ici : quand on est chef et qu’on gère un budget, on est très sollicité par les gens qu’on emploie : mon assistant, et les formatrices que je recrute, même s’ils font de bonnes choses m’épuisent parce qu’ils passent leur temps à me réclamer « l’argent du taxi », du crédit de téléphone, de payer leurs médicaments… Pas facile d’apprendre à être chef, à s’imposer, à asseoir son autorité ! Pas facile de composer avec une culture totalement différente de l’esprit d’engagement qui m’habite. C’est terrible, mais la lutte contre le sida est aussi un « business » qui rapporte, et ça c’est une vraie réalité du Cameroun…
Assez parlé de mon travail !
Arnaud avance dans la rédaction de son livre, il a fait de nouveau quelques enquêtes à Douala et à Yaoundé pour affiner sa compréhension des Témoins de Jéhovah au Cameroun. Son livre avance bien. Entre ce livre, le travail à l’université, et les préparatifs pour la mission de mai, pour faire une étude d’impact social dans la forêt camerounaise, il a lui aussi des occupations et des lectures variées !
Nous continuons à explorer le pays, dimanche dernier, cap sur les chutes de Nachtigal (du nom de l’explorateur allemand qui les a découvertes) pour un pique-nique avec des amis. Nous partons en 4x4, parce que la route est en mauvais état, voire n’est pas du tout goudronnée… Mais cela ne nous empêche pas de crever ! Vous pouvez voir les photos des réparations… Arrivée sur ce joli site bien mérité, grillades, baignade, contemplation… Relaxation garantie. Seul point noir : les moutemoutes, ces espèces de mini mouches qui dévorent, et font des boutons qui démangent terriblement. Ils ont fait un véritable festin de nos peaux blanches. Vous pouvez voir quelques images de cette belle journée.
Dernier commentaire des photos jointes : au Cameroun, tous les dimanches soirs, les Mamans tressent leurs filles pour les préparer à aller à l’école. Vous pouvez voir une de nos amies qui prend un cours de « tressage » avec sa belle-sœur !
Voilà notre actualité camerounaise, on pense bien à vous tous. Dés que vous avez un peu de temps, racontez-nous vous aussi votre actualité,
Avec toute notre affection,
Arnaud et Caroline
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